Petit Précis d'histoire du Béarn

« Petit Précis d’Histoire du Béarn en 12 leçons »

 

(adapté aux programmes officiels d’histoire nationale à l’usage des Ecoles primaires)

 

Ouvrage (1903) de Monsieur Jean Eyt, instituteur à Aubertin, membre fondateur de l’Escole Gastou Fébus, tombé dans le domaine public (l’ouvrage) mais non pas dans l’oubli (l’auteur). Source : site Gallica de la BNF.

Opuscule irrésistiblement « collector », dont la forme plus que le fond (emprunté aux historiens officiels), nous révèle l’état d’esprit d’un « hussard de la République » formant les jeunes esprits à la Morale Historique, appliquée ici au régionalisme de tripes et de coeur. On peut y lire les Grands de ce petit monde, en communion parfois conflictuelle avec leur Peuple, œuvrant pour un monde meilleur, le nôtre, toujours à parfaire bien sûr, par les vertus de tout un chacun, puissant ou misérable. Innéisme, Ordre moral, Nationalisme liliputien, Darwinisme social, en bref, l’histoire évènementielle et « les forces de l’esprit » se conjuguent dans ce bréviaire laïque kitchissime !

« Gran mercés moussu lo regent »

 

Pour les plus gourmands qui veulent passer directement au dessert, voici, in extenso, la conclusion de l’ouvrage :

« En résumé, l’histoire du Béarn est une des plus belle et des plus curieuses dont un peuple puisse s’honorer et s’enorgueillir. Ses souverains, preux chevaliers, hommes dignes, bons administrateurs, l’ont fait briller dans le monde et lui ont procuré au-dedans la paix et le bonheur ; ses habitants ont toujours su faire respecter leurs droits naturels et leurs libertés, mais ils ont constamment fait preuve d’un grand attachement et d’un noble dévouement envers leurs princes, tolérants, sages et humains.

Bons Béarnais, féaux et courtois comme nos devanciers, nous avons le droit d’être fiers de les avoir eus pour ancêtres ; mais cela nous impose le devoir de connaître leur vie au-dedans, leur conduite au dehors pour corriger en nous les défauts inhérents à leur race et améliorer les vertus qu’ils nous ont transmises par héritage »

Pour les affamés qui exigent le menu voici un rapide survol  « biste Eyt e plan foutut » comme on dit.

 

L’histoire du Béarn ne commence à vrai dire qu’au tout début du Xème siècle. Depuis l’an 905 en effet, il eut ses propres souverains, les vicomtes, qui se succédèrent jusqu’en 1620, date de son annexion au royaume de France.

 

Chapitre Ier. Origines et débuts obscurs du Béarn

 

Première leçon : l’époque gauloise et romaine, les Invasions.

Le Béarn faisait autrefois partie de l’ancienne Aquitaine. Peuplé d’abord par des hommes de race asiatique (les Ligures puis les Gaulois), il fut soumis et civilisé par les Romains de Jules César, dévasté par les hordes barbares en route pour l’Espagne (Alains, Suèves et Vandales), dominé enfin par les Wisigoths pendant un siècle (408-507).

Deuxième leçon : l’époque normande et franque, le vicomté de Béarn.

Après la conquête de la Gaule par Clovis le Béarn fut compris dans les partages entre ses descendants. Il fit partie de la Vasconie française ou Gascogne depuis le VIème siècle. Erigé en Vicomté par Louis le Débonnaire (820), il résiste aux invasions des Normands qui détruisirent Oloron et anéantirent Beneharnum (845). Morlàas devient la capitale du Béarn.

 

Chapitre IIème. Le Moyen Age. Le Béarn indépendant.

 

Troisième leçon :  Vicomtes de Béarn et Maison de France.

Le premier vicomte de Béarn dont l’histoire soit bien connue est Centulle dit Ier (905-940). Lui et ses suceseurs repoussent les invasions des  Normands et, vassaux des ducs de Gascogne, obtiennent de ceux-ci des cessions importantes (la vicomté d’Acqs, l’entre-deux gaves d’Oloron et de Pau, les pays d’Orthez et de Salies, le droit de suzeraineté sur la vallée de la Soule, l’affranchissement de tout vasselage). Le vicomte Centulle IV 1058-1088) fit ainsi reconnaître l’indépendance du Béarn, déclarée terre franche, exempte de tout hommage. Entre-temps, vers l’an 1000, Lescar est édifiée.

Quatrième leçon : l’époque féodale, la Chevalerie, les Croisades.

Gaston IV (1088-1131) est une figure importante : il fait réunir les fors particuliers de ses Etats et promulgue le For de Morlàas, prend part à la première croisade, fonde des monastères et couvents, réunit définitivement les vicomtés d’Acqs et de Soule au Béarn. Ses successeurs gouvernèrent sans éclat. Le dernier d’entre eux, la vicomtesse Marie fit hommages de ses terres au roi d’Aragon qui la maria au ricombre espagnol Guillaume, comte de Moncade (1170), et fut reniée des béarnais qui se déclarèrent indépendants et libres de tout vasselage. Ainsi s’éteint la première dynastie des vicomtes de Béarn dite Maison de France ou Mérovingienne. Le Béarn se rapproche de l’Aragon son voisin, auquel l’unissait de nombreuses alliances.

Cinquième leçon : La Maison et dynastie de Moncade.

Gaston IV le Bon fils de Guillaume de Moncade et de la vicomtesse Marie  prit part à la croisade des Albigeois vit ses terres envahies par Simon de Montfort et fut excommunié par le Pape. Son frère et successeur, Guillaume-Raymond rédigea les Fors particuliers aux vallées d’Ossau, Aspe et Barétous. Les Béarnais s’avisent alors de créer la Cour Majour, composée de 12 jurats, destinée à servir de contrepoids à l’autorité du Vicomte et à exercer la Justice. Les 12jurats nommés à titre perpétuel étaient les seigneurs de Navailles, d’Andoins, de Lescun, de Coarraze, de Gerderest, de Gayrosse, de Gabaston, de Rode (Arros), de Miossens, de Doumy, de Miramon et de Bidouze. Les deux évêques de Lescar et d’Oloron en faisaient partie de Droit. Gaston VII, d’abord allié du roi d’Angleterre contre Saint Louis, batailla ensuite contre lui il hérita de la Bigorre agrandit ses Etats et les délivra de tout vasselage étranger.

 

Chapitre III Les Fors et coutumes béarnaises.

 

Sixième leçon : la Législation béarnaise, les Fors.

Les Fors sont l’ensemble des règles de droit public et privé, ainsi que les privilèges de la principauté de Béarn et de ses régions et cités. Ils comprennent le For général ou vieux for et les fors particuliers à une région ou à une cité, tous composés d’après les principes du droit romain. Le For général fut octroyé par Gaston IV en 1088 et reconnu par ses successeurs. Les Fors particuliers aux cités et aux vallées de la vicomté furent accordés par divers princes et constituaient des privilèges propres (Oloron en 1080, Morlàas en 1101 ?, Ossau, Aspe, Baretous et Soule en 1221…) Depuis Gaston IV les Vicomtes de Béarn durent jurer serment de fidélité aux Fors et coutumes établies avant d’être reconnus comme souverains par leur peuple. Ils étaient dépossédés comme traîtres lorsqu’ils les violaient. Les fors déterminent les rapports du seigneur et de ses sujets ainsi que les rapports entre les individus, les droits individuels et les libertés diverses dont pouvaient jouir les personnes libres (hommes francs). La tradition béarnaise de liberté, d’indépendance et de justice pourrait expliquer la faible participation au mouvement d’émancipation du peuple français en 1789.

 

Chapitre IV Maison de Foix. Guerre de Cent Ans.

 

Septième leçon : de Roger-Bernard à Gaston Phébus (1290-1391)

Avec Roger-Bernard, gendre et successeur de Gaston VII, débute le règne des Vicomtes de Foix Le plus remarquable d’entre eux fut Gaston X, appelé Phébus (1343-1391). Il s’est illustré dans les faits de guerre, a défendu l’indépendance du Béarn, aussi bien à l’encontre du royaume de France que des Anglais maîtres de la Gascogne et du Labourd (traité de Brétigny en 1360). Célèbre par son cri de guerre « Fébus aban ! » et sa devise « Toque- y si gauses ! », il cultivait aussi les lettres, les arts, la chasse, les fêtes et les tournois. Son historien, Froissart, dit, dans ses chroniques qu’il n’a rencontré de Cour qui « mieux lui plût » ! Portrait flatteur, orné cependant de deux crimes de sang. La routine, quoi. Il mourut subitement à Orion près de Sauveterre après une chasse à l’ours, sans descendance légitime.

Huitième leçon : Libération de la Gascogne et de la France (1391-1483)

Mathieu de Castelbon puis sa sœur Elisabeth de Foix administrèrent le Béarn avec sagesse. Jean Ier compagnon d’armes de Jeanne d’Arc reprit la Bigorre aux Anglais. Gaston XI contribua à l’expulsion définitive des Anglais du Royaume de France, surtout du pays de Gascogne et prépara la succession de la Navarre. Avec François-Phébus s’achève la dynastie des puissants comtes de Foix (1483) qui ont brillé d’un grand éclat dans la chevalerie du Moyen Age.

 

Chapitre V Les Temps Modernes. La Réforme. Annexion du Béarn à la France (1620)

 

Neuvième leçon : La Maison d’Albret (1483-1555). Marguerite de Valois.

Sous le règne de Catherine de Navarre et Jean d’Albret, le Béarn perd  la Navarre espagnole conquise par Ferdinand le Catholique, roi de Castille et d’Aragon. Henri d’Albret Ier vicomte de Béarn et II roi de Navarre, leur fils reconquit en partie la Navarre. Compagnon d’armes et ami de François Ier il épousa Marguerite de Valois, sœur du roi. Ce mariage étendit notablement sa puissance : souveraineté de Béarn, duchés d’Alençon et de Nemours, comtés d’Armagnac, de Foix, de Périgord, de Bigorre et de Dreux, vicomtés de Limoges et de Marsan, duché d’Albret (avec Nérac et Tartas villes principales) et autres fiefs… A partir de ce moment, il se consacre à l’administration du Béarn, refonde les Fors, supprime la Cour Majour mais crée un Conseil Privé de Navarre et la Cour des Comptes. Son épouse, intelligente et cultivée,  favorisa les lettres et l’introduction de la Réforme en Béarn (mais se ravisa complètement par la suite).

Dixième leçon : Jeanne d’Albret (1555-1572)

Jeanne d’Albret, leur fille  et Antoine de Bourbon administrèrent ensemble le Béarn jusqu’à 1562.  Antoine, d’un caractère indécis, fut tour à tour calviniste et catholique , il faillit périr après la conjuration d’Amboise et fut tué au siège de Rouen (1562). Après lui, Jeanne gouverna seule jusqu’à sa mort en 1572. Femme d’une rare énergie, maîtresse absolue, aux mœurs austères, elle possédait de grandes qualités politiques. Le poète d’Aubigné la décrivait ainsi : « Princesse qui n’avait de femme que le sexe, l’âme entière aux choses viriles, l’esprit puissant aux grandes adversités ». Jeanne voulait réformer la religion catholique selon la Bible, elle participa publiquement à la Cène le premier avril 1563 et  fit ainsi solennellement adhésion au Calvinisme qu’elle introduisit dans ses Etats par une série d’Ordonnances sévères et absolues. Les troubles religieux graves commencèrent aussitôt dans le pays, restés sous le nom de « lou téms de le Reyne Yane ». Le Béarn fut alors envahi par les troupes royales de Terride puis délivré mais ensanglanté par le calviniste de Montgomméry. Les Etats réusssirent cependant à lui conserver son indépendance. Après la Paix de Saint Germain  Jeanne se rendit à la Cour de France pour les fiançailles de son fils Henri avec Marguerite de Valois sœur du roi. Elle y mourut quelques jours après son arrivée en 1572.

Onzième leçon : « Lou Nouste Hanric » et la paix religieuse (1572-1610).

Henri de Béarn et de Navarre épousa Marguerite de Valois deux mois après la mort de sa mère. Huit jours plus tard eut lieu l’odieux massacre de la St Barthélémy et les Guerres de Religion reprirent avec acharnement. Henri, retenu prisonnier pendant quatre ans réussit à s’enfuir et se mit à la tête des Réformés. Sa sœur Catherine administra le Béarn et la Navarre pendant quinze ans avec une sage fermeté. Après l’assassinat d’Henri III (1589) le Béarnais était l’héritier du trône et fut proclamé roi en 1594 après avoir abjuré le Protestantisme et rétabli la paix dans le pays. Il joignit le titre de roi de Navarre à celui de roi de France et conserva au Béarn sa liberté et son indépendance.

Douzième leçon : Louis XIII et l’annexion du Béarn au royaume de France.

Les troubles religieux recommencèrent en Béarn après la mort d’Henri IV malgré la confirmation de l’Edit de Nantes. Louis XIII résolut de se rendre en personne à Pau, il rétablit partout le culte catholique et réunit définitivement la Navarre et le Béarn à la couronne de France. Après son départ, de nouvelles révoltes éclatèrent, bientôt réprimées. La paix régna dès lors en Béarn gouverné par des Intendants jusqu’à 1790.

 

 

 

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