Petite histoire des LISSAR(T) du XVIIème au XIXème siècle
à ma grand-mère Jeanne Domecq, née Lissart,
à mon oncle Jean Lissart ,
qui, par leur attachement à la famille,
m’ont donné le goût de la généalogie.
Bienvenue dans le petit monde des Lissart!
Chers cousins, amis, alliés et fous à lier de généalogie, cette petite histoire est le
résultat des recherches sur le nom de Lissar(t) dans les Pyrénées Atlantiques. Collecter un patronyme au-delà de sa branche familiale n’est peut-être pas une démarche habituelle en généalogie,
mais ce parti pris peut satisfaire le plus grand nombre et soulever des points d’interrogations. Qui sommes-nous ? D’où venons- nous ? Où allons-nous ? Ce recueil essaie de
répondre aux deux premières questions. Pour la troisième, relisez vos auteurs de science fiction favoris. Bienvenue donc dans le petit monde des Lissar(t).
Petit par la taille : environ deux cent trente individus recensés sur une période de deux siècles (fin XVIIème – fin XIXème). LISSART se situe au 4596ième rang national avec 211 naissances au Vingtième siècle. Comme dirait le Baron Pierre, l’important c’est de participer !
Egalement limité géographiquement à l’ouest du département des Pyrénées Atlantiques, fièrement appelé Pays Basque ne serait-ce que pour faire valoir sa différence. Basse Navarre et Labourd ont accueilli des LISSAR(T) et continuent à le faire au milieu des Lissarague,Lissardy etc. L’origine basque de ce patronyme serait donc établie. Rien n’est moins sûr ! Cette question qui n’intéresse visiblement pas la planète entière sera développée. Érudits on attend vos réactions.
Les communes qui ont eu l’immense privilège de compter des Lissar(t) parmi leurs paroissiens puis leurs citoyens ne sont pas légions, encore moins étrangères. Quoique ? (cf Lissart, un nom basque ?). Bidache d’abord, qui l’eut crû ? Bardos, Hasparren, Labastide-Clairence et leurs environs immédiats, les bords de l’Adour jusqu’à la Côte Basque. Évidemment, à la charnière des dix neuvième et vingtième siècles, tout ce petit monde va chercher fortune un peu plus loin outre- atlantique. Cela ne concerne qu’une petite dizaine d’individus et cinq familles. cf les Lissar(t) sous l’uniforme, qu’ont-ils fait de leurs 20 ans ?
Un petit monde discret .Si les LISSAR(T) ont fait l’histoire de leur région et de leur pays, c’est dans l’anonymat le plus complet , à quelques exceptions près (le docteur Jean Lissar, sénateur et maire d’Hasparren par exemple). Chercheurs de blasons, de gloire et d’héritage, s’abstenir !
Des unions discrètes et de proximité. Les LISSAR(T) ont l’esprit large mais dans les limites étroites de leur territoire. En bons Charnègues (charnégou) ils épousent à part égale des basques et des gascons. Très peu de patronymes étranges, étrangers, encore moins exotiques viendront colorer les registres.
Des carrières militaires plutôt banales dans l’anonymat des casernes (pas trop loin, à Bayonne…) mais également dans les colonies de la Troisième République où ces garnements allaient faire les zouaves. Mais plus tragiquement et toujours anonymement, d’autres perdront leur vie dans les combats de la Grande Guerre pour avoir cru, à tort, à la protection miraculeuse de Saint Maginot.
Une paysannerie discrètement laborieuse et pieuse. Pas de jacqueries ni de mise à sac des églises. Comment ont-ils perçu les échos lointains de la Révolution Française ? Métayers pauvres et peu instruits, ils ne signent pas avant la fin du Dix-neuvième siècle. Parfois artisans comme les cloutiers de Labastide-Clairence. Un nom en définitive très enraciné dans une ruralité, synonyme à cette époque d’infériorité sociale.
Amateurs de sagas, de lofts et de bachelors, cette fiction documentaire n’est pas pour vous. Adressez-vous à vos fournisseurs habituels. Cette petite histoire, fondée sur des relevés, se
voudrait aussi vivante que possible, au prix de quelques blagues de potaches et de calembours hâtifs. Chers ancêtres excusez-moi mais sans cela la généalogie serait aussi entraînante que la
Marche Funèbre.
La descendance de Thomas
L’Homme descend du singe, dit-on. Le singe descend de l’arbre, de temps en temps. Les Lissar(t) descendent de Thomas, une sorte d’Adam spécialement crée pour eux par le Dieu de la Généalogie. Sa marmaille contient tout entière dans une liste et un tableau.
Les LISSAR(T) sont de sacrés numéros !
La liste rébarbative que vous avez sous les yeux n’est pourtant pas le résultat d’une quelconque bourriche. Nos ancêtres n’ont rien gagné si ce n’est notre reconnaissance Les chiffres correspondent à la numérotation d’Aboville (pas le rameur, un autre). Ainsi le 3.Joannès de Lissart est-il le troisième enfant de Thomas et d’Ève (Marie) de Noguès. Retenez bien ce numéro 3, c’est un bon cheval. Génération 3 : les enfants de Joannès et Ysabeau de Sabalette sont notés de 3.1 Bernard à 3.8 Elisabeth la petite dernière. Et vous arrivez comme cela aux alentours de minuit à 3.7.2.8.6.5., soit Arnaud Lissart au terminus de la 7° génération. Le lendemain, au saut du lit, refaites vos gammes.
3.7.2.8.6.5. Arnaud, 5° enfant de Bernard & Jeanne Rosières
3.7.2.8.6. Bernard, 6° enfant de François & Jeanne Caumont
3.7.2.8. François 8° enfant de Georges & Jeanne Biscay
3.7.2. Georges 2° enfant de Jean & Marguerite Bouillon
3.7. Jean 7° enfant de Joannès & Ysabeau de Sabalette
3. Joannès 3° enfant de ?
Il est tard, vous pouvez aller vous recoucher !
Cette liste n’est pas complète, elle exclut les récalcitrants, ceux qui n’ont pu être rattachés à Thomas. Bien fait ! C’est le cas des vrais-faux Lissart d’Amorots (recherches en cours) et de quelques caractériels qui n’ont laissé que quelques traces dans les registres.
Chaque couple Lissar(t) fait l’objet d’un renseignement daté pour une meilleure coordination avec le classeur chronologique général. Mais pourquoi s’arrêter à la 7° génération ? Pour respecter la loi, plus dans l’esprit d’ailleurs qu’à la lettre. Cela correspond bien, pour la majorité des couples, à la fin du XIXème-début XXème siècles.
Les LISSAR(T) s’exposent :
L’espèce humaine s’agglutine sur une petite boule ronde, qui, au regard de l’Univers ne pèse pas grand-chose. La très petite grande famille des Lissar(t) contient dans un format A4, pour l’essentiel. Tout de suite un constat : on a eu de la chance ! Supposez que Joannès (le bon n°3) n’ait pas eu de descendance : EXIT les Lissar(t). La même catastrophe pourrait arriver aux Grimaldi à Monaco. Pourvu que le Prince Albert trouve une mère porteuse !
Ce tableau peut se lire selon deux optiques : branches familiales ou lieux géographiques.
Les branches familiales, au nombre de quatre (lecture de gauche à droite) :
Tout à fait à gauche se démarque l’ascendance de Jean Lissar (époux de ML Harriague), sénateur-maire d’Hasparren, lui-même sans descendance, Fondateur : le couple Bernard de Lissart & Marie de Bestan.
A gauche, Jean Lissart & Marie Sabalette sont à l’origine de trois couples : JB & ML Ducamp, Guillaume & M Pinaquy, Bernard & M Hourqueigt (il est fort probable que Bernard soit le fils naturel de Gracy °)
Au centre, Bernard Lissart & Catherine Garat assurent presque la moitié de la descendance soit sept couples, par l’intermédiaire de trois de leurs fils, JNoël, Jean et François dans l’ordre.
A droite,François Lissart & Jeanne Caumont font pratiquement de même.
Au total il apparaît que Georges Lissart & Jeanne Biscay procréent une nombreuse descendance en pleine période révolutionnaire qui était, il est vrai, l’époque des sans culottes.
Les lieux géographiques sont au nombre de cinq :
Bidache, lieu d’origine longtemps occupé, du XVIIème au XIXème siècles, soit de Thomas & M de Noguès aux fils et petits-fils de François & Jeanne Caumont, avant l’émigration définitive.
Bardos, première commune d’émigration et base de départ pour une expansion territoriale à partir de Bernard Lissart & Catherine Garat et leur trois fils, JNoël, Jean et François. Le séjour à Bardos s’étale de la fin du XVIIIème siècle pour les pionniers au deuxième tiers du XIXème. Resté seul, « pauvre Jean » y décèdera en 1891 déclaré mendiant.
Hasparren accueille avec la Troisième République une escouade de Lissar(t) dont la plupart ont perdu le T final en chemin. Jean, le plus célèbre, déjà nommé, arrive d’Argentine. Les autres sont des cousins, originaires de Bardos :
Bernard, Antoine, Jean, fils de JNoël & Jeanne Suhas(t)
Bernard, fils de Jean & Gracy Detchart
Savaient ils seulement qu’ils étaient parents ?
Labastide Clairence, enclave gasconne au cœur de la Basse Navarre, reçoit son contingent de Lissar(t). D’abord en provenance de Guiche (JBaptiste & M Larralde et leurs fils, JBaptiste et Guillaume) puis de Bardos (Noël Lissar & Gracieuse Çaldichoury, lointains cousins) et enfin, de Bidache (Bernard & Marie Etcheverry, autres lointains cousins).
Les Bords de l’Adour et la Côte Basque. L’arrivée en 1814 d’un couple d’explorateurs (Jean & Marie Sabalette) ne bouleverse pas l’équilibre démographique de Guiche, leurs enfants n’y restent pas. Mais durant toute la moitié du XIXème une branche se développe, toujours existante, avec François & M. Etcheverry et leurs fils Etienne et J.Athanase, sans compter les filles, sur les communes de Lahonce et d’Urcuit. La Côte, incluant Bayonne et St Pierre d’Irube, Anglet, Biarritz et Bassussarry voit arriver divers Lissart, notamment François, descendu directement de Bidache, marié à Anglet, en 1858, avec Marie Banquet. Même si, aujourd’hui, l’euskal-connection des érudits, hommes politiques et hommes d’affaires, considère comme basque tout ce qui se trouve au Sud de l’Adour, il s’agit bien d’une bande frontalière, culturellement marquée par le Gascon Maritime (cf Pierre Rectoran). Les Lissart n’ont pu y échapper.
Ainsi, à la charnière des XIXème et XXème siècles, quinze couples sont les descendants directs de Thomas & Marie de Noguès. Sans compter les nombreuses filles Lissar(t) mariées dans la région, trop tôt. La loi leur permettrait maintenant de conserver leur nom de jeune fille, au prix d’une belle pagaille dans les Archives et d’une explosion du système nerveux des généalogistes amateurs ! Les couples avec descendance constitueront la base des « Lissar(t) du XXème siècle », si vous le souhaitez.
Les fondateurs : les Lissart de
Bidache
Hormis un big bang dans les Archives qui remettrait les recherches en question, les LISSART de Bidache sont nos ancêtres dans les Pyrénées-Atlantiques. Également ceux des LISSAR. Leur
présence dans cette commune de Basse-Navarre s’étend du Dix-Septième à la fin du Dix-Neuvième siècle. Comme les ruines du château des seigneurs de Grammont, le nom de LISSART appartient aux
souvenirs.
Thomas de LISSART et Marie de NOGUES mariés vers 1665 :
« Thomas de Lissart dit capuchon âgé de 80 ans ou environ après avoir reçu les S.S de l’Eglise est mort en la maison de BidartChemendy le 21 de Sepbre 1710 et a été enterré le lendemain 22 du même mois et an dans le cimetière du présent lieu » Ce capuchon-là, nous lui devons l’existence. Merci Thomas ! Merci également à Marie qui lui donnera, sans intervention divine semble t’il, quatre enfants dont l’un des deux Jean assurera la descendance, marié à Ysabeau de Sabalette. Thomas garde une bonne part de mystère : un surnom personnel comparable au « chaffre » gascon, inusité au Pays Basque, une origine inconnue ( pas d’autres Lissart avant lui à Bidache). Tant pis ! Demande t’on à Adam et Eve d’où ils viennent ?
JEAN et JEAN ( ?), frère(s) de THOMAS :
Jean(Johan) marié vers 1674 à Jeanne DUPOY et Jean marié vers 1678 à Marie Sabalette ne sont peut-être qu’une seule et même personne. Le calendrier des mariages et celui des naissances le donnerait à penser. Les liens familiaux sont attestés par les parrainages des nouveaux-nés en usage à l’époque : Thomas est le parrain de Marie(°1674) et Marie de Nogues, la marraine de Bernard(°1679)
Anthonin LISSART , enfant naturel :
Rangeons également dans le numéro spécial de DETECTIVE la naissance le 29 septembre 1700 d’Anthonin, fils naturel (la nature est bonne fille) de Jean de Lissart et de Jeanne Duthen. Naturel mais baptisé évidemment, les canards boîteux sont aussi des enfants du Bon Dieu ! Les parrain et marraine ne sont autres que « Messire Anthonin Durruty Procureur du Duché de Grammont et Demoiselle Gracy de Larran » qui ont signé d’une belle écriture. Du beau linge pour une naissance illégitime chez des manants ! Un brin suspect.
Jaques LISSART, victime innocente d’un dégât des eaux :
Il pleut à Bidache, quelquefois sur les registres paroissiaux. Tout ce qui tombe du ciel n’est pas forcément une bénédiction pour le généalogiste. Impossible d’identifier le père de Jaques (peut-être Bernard °1679 fils de Jean et de Marie Sabalette). Sa mère joue les transparentes, Dominique de Larran certainement, que l’on retrouve marraine de deux de ses neveux (Bernard °1715 et Jean °1719). Quant à Jaques, il disparaît. N’est pas Moïse qui veut !
Jean de LISSART et Marie de CASENAVE :
Les LISSART n’aiment décidemment pas l’eau, Jean se « noia a baionne » âgé d’une quarantaine d’années seulement. Son beau-frère Arnaud de Casenave était batelier. Fausse manœuvre au port ? Des quatre enfants vivants on ne sait rien mais la parenté avec les couples précédents est clairement établie. L’année 1713 est très difficile : décès de la petite Marie, de Marie de Nogues la grand-mère, de Marguerite de Lissart la tante. Epidemie ?
Joannès de LISSART et Ysabeau de Sabalette :
Bien sûr, Thomas et Marie de Noguès sont nos ancêtres mais ce couple-là est de loin mon préféré. D’abord, il a permis de mettre une origine commune aux différentes branches des LISSART et LISSAR en remontant dans le temps. Moment d’intense émotion après des journées entières d’archives ! Ensuite pour la beauté et l’harmonie de ces deux noms et prénoms. On a les princes et les princesses que l’on veut bien ! Enfin par leur lieu d’habitation : Joannès, par son mariage, vient à Durangué, métairie que les Lissart occuperont très longtemps à Bidache. La destinée des sept enfants n’est pas connue mais trois d’entre elles sont intéressantes. Jean(°1710) finira probablement sa vie métayer de Berho à Bardos première incursion suivie d’autres plus tard, permettant d’affirmer que les Lissar( !) de cette commune voisine sont originaires de Bidache. Bernard (°1715) et Jean (°1717) assureront la descendance, mariés respectivement à Marie de Bestan et Marguerite de Bouillon (cf plus loin). Mais auparavant, intéressons nous à un fait judiciaire longuement relaté dans les registres paroissiaux. Où l’on apprend que Joannès et Ysabeau faisaient du social appelé autrefois charité.
DURANGUE de Haut, maison du Bon Secours :
« enquête sur la naissance et baptême de Jean d’Etcheverry fils naturel et illégitime de Jean d’Etcheverry et de Jeanne Bourrat tous deux de la paroisse de Bardos né l’année 1734 faite le 29 août 1764 Copie adressée à Monseigneur l’Evêque de Dax ». L’enquête est confiée au sieur Capdeville, curé et chanoine de Bidache. Le suppliant Jean Detcheverry, tisseran( !) et habitant de la paroisse de Hélette diocèse de Bayonne ayant besoin de son extrait baptismaire s’est adressé au curé de Bidache qui n’a trouvé trace de l’acte. Pour les besoins de l’enquête , «a comparu Jean Lissart âgé d’environ cinquante deux ans (il s’agit de Jean né en 1717, époux de Marguerite de Bouillon), mettayer dans la mettairie de Durangué…juré par serment de dire vray…a dit qu’il se souvient parfaitement bien que la nommée Jeanne Bourrat de la paroisse de Bardos s’était retirée il y a environ trente ans dans la dite maison de Durangué où il était aussi alors mettayer que la susdite Bourrat s’était accouchée peu de jours après du susdit Detcheverry ce qu’il luy aurait accordé qu’ils auraient porté cet enfant pour le faire baptiser qu’il était lui-même présent à la cérémonie du baptême sans qu’il se souvienne si c’était messire Puyoo alors curé et chanoine de Bidache ou quel autre prêtre aurait administré le sacrement du baptême qu’ils avaient ensuite rapporté l’enfant à leur maison d’où la susdite Bourrat s’était retirée dans la paroisse de Bardos quelque tems( !) après avec son fils lecture à luy faite de la déposition…n’a signé pour ne savoir de ce interpellé par nous et au deffaut de la signature a fait la croix » Signé : CAPDEVIELLE pe curé et chne de Bidache commissaire député.
Egalement « a comparu Bernard Lissart (né en 1715, frère de Jean,époux de Marie de Bestan) âgé d’environ quarante neuf ans fermier de la maison de Durangué de bas » qui fait une déposition semblable et signe d’une croix. Enfin « a comparu Pierre Ballagny âgé d’environ quarante deux ans servant depuis son bas âge dans l’église… » Même déposition mais signée. Les Ballagny sont à Bidache des servants zélés et lettrés du chanoine, de père en fils.
Au terme de six pages de registre, pas moins, Jean Detcheverry le sans-papier peut être soulagé. Il est déclaré « né et baptisé dans la présente souveraineté, il y a environ trente ans » (cette approximation est bien peu de choses au regard de l’éternité qui lui est promise !) par « Ordonnance (prenez votre respiration) de Monseigneur l’Evêque Louis Marie de Suares Daulan par la providence divine et l’authorité du Saint Siège Apostolique Evêque d’Acqs conseiller du Roy en tous les conseils. « (appelé affectueusement loulou par ses vieux parents). Enquête rondement menée, dépositions identiques, mémoire sélective, tout le monde se souvient du baptême, personne du curé. Bizarre ! Mais pas question de laisser une brebis s’égarer. En fait, Jeanne Bourrat, la mère,n’avait pas trouvé refuge chez les Lissart par hasard, des liens existaient entre les deux familles du temps des parents. Une Marie Bourrat avait été marraine de Marie (°1707) et Pierre (1°709) est surnommé à sa naissance Pierre du Durangué dit Bourrat. Encore des liens avec Bardos mais difficile d’en savoir plus. Revenons à nos deux témoins, Bernard et Jean et à leur descendance.
Bernard de LISSART et Marie de BESTAN :
Leur histoire est paradoxale : une famille de onze enfants dont six garçons, décimés par une forte mortalité. Leur descendance patronymique reposera sur le seul Pierre (°1761),mais quelle descendance ! (cf Jean LISSAR père et fils). Ysabeau, l’aînée (°1745) et Marie la dernière (°1763) se marieront à Bidache. Après une première cohabitation avec les parents à Durangué , ils vont de métairie en métairie, au Hau de Janot, à Ninot, à Durangué de Haut, à Crique enfin.
Jean LISSART et Marguerite de BOUILLON :
Jean prend le temps de la réflexion, il se marie à trente-cinq ans. Après l’avoir longuement regardée dans les yeux, il épouse Marguerite de Bouillon, dite (peut-être) Maggi. Dans sa belle-famille on trouve un cloutier, Jean, parrain d’Elizabeth, certainement spécialiste des clous de girofle. Également un « traiteur à Paris », Arnaud Bouillon le bien nommé. Jean et Marguerite seront métayers à Ninot où décèdent les parents, puis à Heuga et à Durangué de nouveau. La soupe paraît bonne à Bidache : Bernard le fils aîné épouse Marie Sanglar, Georges le second, Jeanne Biscay. Les filles, Elisabeth et Marie, qui portaient les mêmes sabots, épousent respectivement François Lajournade et François Lajournade, tous deux de Bidache, dont les parents étaient propriétaires à Larriou. Petites, elles jouaient à s’échanger leurs sabots. Mariées, on ne veut pas savoir.
Les années passent, les GRAMONT sont toujours là, mais la Révolution approche. La loi du premier août 1793 ordonne « la confiscation au profit de la Nation des maisons et autres édifices portant des armoiries ». Le Château brûlera en 1796 dans des conditions mystérieuses. Qu’en ont pensé les Lissart ?
Bernard LISSART et Marie SANGLAR :
Cela devait bien arriver ! Parmi les innombrables Marie Sanglar paroissiennes de Bidache, Bernard a choisi celle-ci, au feeling, une cadette de Geloux. La destinée de la famille n’est pas facile à suivre. Bernard finira ses jours à Bardos, à Palomères chez sa fille Jeanne mariée à Jean Sarrhy. Avec la vie il perd le T final et ce n’est pas la faute à l’étroitesse des registres mais à un scribouillard recalé à la dictée de Bernard PIVO. Leur fils Georges, né comme tous les enfants à Durangué, se perd dans la nature… à moins que. Un Jean, en effet, lui correspondrait, témoin au baptême de sa nièce Isabé (°1814), un peu plus tard père d’un Jean (°1821) avec l’improbable Marie Monten, inconnue à Bardos. Georges et Jean ont un point commun : la métairie de Palomères. Mystère dans les chaumières !
Georges LISSART et Jeanne BISCAY :
Pas de double-je pour ce Georges-là. Avec Jeanne, il assure le développement du nom aux alentours de Bidache. Dans l’acte de mariage, Georges est qualifié d’ « héritier de Péhon » maison d’origine de sa mère Marguerite de B……( testez votre mémoire). En fait d’héritage, ils déménagent de Bidache (à Larceveau) à Bardos ( à la borde de Lissonde), à Labastide-Clairence (à Charlot) pour revenir à Bidache( à Touron). Ils décèdent prématurément, laissant huit orphelins dont François, le dernier, âgé à peine de six ans. Les filles Jeanne et Isabelle, nées sous le calendrier républicain, l’une dans le frimas de Ventôse, l’autre dans la chaleur de Thermidor, épousent à Bidache un tailleur de pierres et un tourneur sur bois. La République n’a pas encore révolutionné les campagnes profondes. Mais cette République-là n’est guère meilleure en orthographe. Ayant raccourci le ROY, elle a fait de même aux manants, pardon, aux ci-devant citoyens ! Georges perd, et avec lui plusieurs de ses enfants, le T final qui fait l’orgueil de ceux qui l’ont conservé. A quoi cela tient ! Ne s’étant aperçu de rien, il n’a rien réclamé. Et nous voici avec deux variétés de Lissart, avec T et sans T, sans que l’on puisse scientifiquement établir une quelconque supériorité de l’une sur l’autre et c’est tant mieux, puisque le Bon Dieu et la République nous a fait tous égaux ! Assez de philosophie de comptoir, retour sur les ancêtres. Un des fils, Jean (°1792), s’établit à Bardos, au Taneich, tisserand chez ses beaux-parents ( cf les Lissart de Bardos). Mais Bernard, son frère, marié à Catherine Garat, aussi à Bardos, perpétuera les Lissar (cf idem). Jean, l’aîné, ,descend sur les bords de l’Adour, à Guiche (cf les Lissart de l’Adour Maritime). François, le dernier, reste à Bidache, marié à Jeanne Caumont où il transmet le nom de Lissart .
François LISSART et Jeanne CAUMONT :
Bien que né à Labastide-Clairence, François passe sa trop courte existence à la métairie de Ragot où naissent les sept enfants. Une stabilité qui contraste avec le parcours chaotique de ses parents. Sa femme, Jeanne porte un nom de jeune fille très régionaliste, Catalogne Bideplan unissant les deux bouts de la chaîne pyrénéenne comme le GR 10 aujourd’hui. Marie (°1826), l’unique survivante des trois filles, reste à Bidache, mariée à Jean Bellocq de Arancou, bel homme et beau lieu. François, l’aîné, emporte son prénom qu’il transmettra sur la Côte avec l’angloye Marie Banquet (cf les Lissart de l’Adour et de la Côte Basque). Ses deux frères ne bougent pas, trop attachés aux ruines du Château rougeoyantes quand vient le soir.
Jean LISSART et Suzanne BALIRAC :
Bidache ne le sait pas encore mais elle va perdre un nom qui, certes n’aura fait ni sa fortune ni sa gloire mais quand même ! Une petite cérémonie d’adieu aurait été bien sympathique. Mais le chef de clique tuait le cochon et les majorettes avaient la rougeole. Raté ! Les filles se marient sur place et se fondent dans les familles bidachotes Lissonde, Dubarbier et Lavignasse. Mais Jean Baptiste et Bernard préparent leur baluchon. Personne, certainement, ne se souvient de Thomas l’ancêtre, venu dont on ne sait où.
Bernard (Bertrand) LISSART et Jeanne Marie ROSIÈRES :
Dernier-né des garçons de François et Jne Caumont, dernier marié, avec un modèle. Modèle de vertu, modèle de cuisinière. Rosière est un nom qui fleure bon la tradition, le Travail, la Famille, la Patrie, que l’on peut encore visiter gratuitement lors des Journées du Patrimoine. La famille partira vers Saint Palais (Garris, Etcharry, Beyrie). Les enfants se dispersent (cf Les Lissart du XXème siècle).
Jean Baptiste LISSART et Marie LAVIGNASSE :
L’aîné de Jean et Suzanne Balirac choisit sur place et s’en va pour Labets Biscay fonder une nombreuse descendance, encore représentée de nos jours à Borda. D’autres émigreront dans la région de Bordeaux (cf Les Lissart du XXème siècle)
Bernard LISSART et Marie ETCHEVERRY :
Frère cadet de JBaptiste, il quitte la maison et Bidache, domestique d’abord puis métayer à Labastide Clairence (cf Les Lissart de Labastide Clairence). Un petit clin d’œil, c’est mon arrière grand-père.
Adieu, Bidache ! A un de ces jours, peut-être, pour un repas de famille, un Mc Do est en projet.
Les Lissar(t) de Bardos
Quelques kilomètres séparent Bidache des hauteurs de Bardos. Peu aventureux, les Lissart n’y parviennent qu’à la fin du Dix-Huitième siècle, en éclaireurs seulement, ces premières migrations ne donnant pas lieu à descendance. Marie, fille de Jean et Marguerite de Bouillon, y épouse François Lajournade son beau-frère originaire aussi de Bidache, en 1793. Jeanne, fille de Bernard et Marie Sanglar, se marie à Palomères avec Jean Sarrhy où son père finira sa vie. Le couple bidachot Georges Lissart et Jeanne Biscay ont habité plusieurs années à la borde de Lissonde à Bardos où Bernard (°1790) et Jean(°1792) se marieront. Les Lissart commencent à voir du pays, nous aussi par la même occasion.
Bernard LISSAR et Catherine GARAT(garay) :
Après les éclaireurs vient le temps des pionniers. En montant la rude côte le chariot des Lissart perd le T final comme ceux du Far-West perdaient leurs casseroles suspendues à l’arrière ! Une sacrée économie pour l’Etat-Civil de la commune, budget « encre et plumes ». Réclamer quoi ? à qui ? La famille est bien trop occupée à vivre, sans doute mal, au gré des déménagements : Sartuque de haut, Uguet, Ithurrondo, Haristeguy, Castelmaure.
Jean LISSART et Marie CAMBOSSARRY :
Il n’est pas facile de bien les connaître. Une certitude, Jean est réformé « de par sa courte taille » soit « moins d’un mètre cinquante-sept » au képi, pas au garrot. En-dessous, la crosse du fusil traîne par terre ce qui enlève beaucoup de solennité aux défilés militaires ! Autre certitude, il épouse une Marie dont le père originaire d’Arraute et la mère Jeanne Monguillot, héritière du Taneich, sont tisserands. À défaut d’avoir pu faire l’estafette, Jean fera la navette. Une petite Marie naît.. sept ans après ! La mère est nommée Eliçabelar, du nom de la grand-mère. Pas grave, les dédoublements de personnalité n’étaient pas encore considérés comme relevant de l’internement d’office. La petite Marie décède à quinze mois.. et puis plus rien.
Jean LISSAR et Marie MONTEN :
Ils donnent naissance à Jean Lissar (°1821),métayers à Palomères. Qui est ce Jean ? Peut-être Georges (cf les Lissart de Bidache). Monten est inconnu à Bardos, en revanche Montein est répandu sur les bords de l’Adour. Le couple disparaît de l’affiche après une seule et unique représentation.
Jean dit Noël LISSART et Jeanne SUHAS :
Quel jour est né Jean dit Noël ? Oui, bravo ! Pourtant la cheminée ne devait pas toujours être remplie de jouets. Surtout qu’ils en changeaient souvent : métayers à Beherobie, Urthubie, Minho, Urthubia de nouveau. Le père signe l’acte de naissance de Marie (°1851) d’une plume très malhabile mais avec un T final. Les trois fils, Bernard, Antoine et Jean l’oublieront en chemin en allant s’établir à Hasparren. Incorrigible jeunesse !
Pauvre Jean LISSART !
Les Lissart sont donc « montés » à Bardos. Certainement pas pour y faire fortune. Deux ou trois générations et puis s’en vont ! La triste vie de Jean, fils de Bernard et Catherine Garat mérite d’être racontée. Deux fois veuf, de Gracy Detchart et de Catherine Héguy, trois fois marié. Sa première femme, Gracy, meurt en donnant naissance à Bernard qui s’établira à Hasparren ( cf les Lissart d’Hasparren). Remarié avec Catherine, ils perdent trois de leurs quatre enfants. Le dernier, Noël, partira à Labastide-Clairence, marié à Gracieuse Çaldichoury. Avec Suzanne Héguy sa troisième épouse, il n’aura pas d’enfants. Le 13 août 1891 il décède seul, abandonné, déclaré mendiant, à soixante dix-huit ans, après une vie cahotique, de métairie en métairie, Sarricourt, Jeambonenia, Lardegaray, Man, Landabehere, Galharret et enfin, Rollan.
Les Lissar(t) d’Hasparren
Les registres paroissiaux d’Hasparren ne recèlent aucun Lissart. Leur arrivée groupée dans les années 1860-1870, commando de frangins et de cousins, tous issus de Bardos, de grands- parents communs (Bernard Lissart et Catherine Garat) marque l’implantation du nom, alors qu’il disparaîtra de Bardos.
Bernard LISSART et Jeanne DUPOUY :
De son premier mariage Bernard aura une fille, Gracieuse, du moins l’espère t’on, mariée à un basco-argentin des plus typés, Angel Martirena, fils d’Ignacio et de Francisca Olhegui, né à Barracas al Sur. La chance avec lui ! Bernard se remarie en 1896 à Ayherre avec Catherine Iron, lainière de son état, qui lui tricotera un Jean-Baptiste né en 1899 à Iraçaalia. Coïncidence ? Bernard est allé chercher Jeanne sa première épouse à Elissalde , une métairie des Bénédictins de Belloc. Quelques temps après, Bernard Lissart et Marie Etcheverry venant de Bidache, succèderont aux parents de Jeanne. WWW.métayers.com a fonctionné.. grâce au bouche à oreille.
Bernard LISSAR et Marie DACHARY , Antoine LISSAR et Marie LABROUCHE , Jean LISSAR et Marie SOUBELET :
A défaut de conquérir Paris , ces trois mousquetaires-là ont conquis Hasparren, ce qui n’est pas rien ! Et parmi la multitude des Marie candidates au loft haspandar, ils en ont choisi trois, enfin une chacun. Gagnant un cœur, adoptés par toute une ville, ils écriront dorénavant leur nom comme le fait l’officier de l’Etat Civil, simplement, en abrégé comme les SMS actuels. LISSAR, pour les déclarations c’est plus rapide, cela laisse du temps pour aller au bistrot.
Bernard tanne le cuir, locataire successivement à Chopatea, Goniatea, Petresteya, Lambertenia et laisse une descendance émigrée à Bayonne ou restée à Hasparren.
Antoine est laboureur. Parti de Bardos, passé par Ayherre, puis établi à Hasparren à Magnotenia où naîtront tous les enfants. Marie, sa femme, était originaire de Lahonce. Excepté Jean, marié à Saint Martin d’Arbéroue, la descendance reste à Hasparren.
Jean est aussi laboureur. Ses nombreux enfants naissent à BarrandeguyEtcheverry, dont l’orthographe varie selon l’humeur du susdit officier pressé d’aller boire un canon. Puis à Goniatea, avant qu’ils ne partent finir leurs jours à Ayherre. Tout ce monde se marie sur place.
Et voilà comment on développe une ville ! «Aux Lissar, Hasparren reconnaissante » aurait-on pu écrire sur le fronton de la Mairie. Mais lesquels ? Parce qu’une autre histoire se développe parallèlement qu’il faut maintenant raconter.
Jean LISSAR, père et fils : un destin exceptionnel
La naissance de Pierre LISSART à Durangué, fils de Bernard et Marie de Bestan, passe totalement inaperçue, personne ne peut se douter de la suite. Pierre quitte Bidache pour se marier à Mendionde avec Dominique Laxalde (en 1795) où ils s’installent, métayers d’Aciotzia. Le curé tenant à son enveloppe charnelle tout autant qu’à sa foi s’est réfugié dans la très catholique Espagne, fuyant les persécutions révolutionnaires. Son vicaire tient les registres paroissiaux, les enfants de Pierre s’appèleront Liçar ! Qu’importe, Dieu reconnaît toujours les siens. Jacques, l’aîné, se marie à Macaye avec sa tourterelle, Marie Daguerre de Mendionde . L’orthographe de la République n’est guère meilleure, leur fils, Jean, naît Leyssarrague, nom attribué à son père qui n’avait rien demandé. Est-ce pour cette raison qu’il émigre en Argentine, pays où la langue est plus simple et l’enrichissement plus facile ? Il se marie (avant de partir ?) et vit à Rosario province de Santa-Fé avec Jeanne Aguerreberri. Naquirent trois enfants qu’il éleva en même temps que sa fortune. Veuf, il revient cousu d’or, rentier de son état, s’établit à Cambo où il épouse en secondes noces (1878) Catherine Gracieuse (on le serait à moins) Lartigue de Gabat. Il mariera, à Cambo toujours, fort bourgeoisement ses deux filles. Marie à Félix Alphonse VIVIER notaire à Tarbes. Gracianne à Charles AMESTOY juge de paix à Hasparren. Au mariage de Gracianne, un témoin intéressant : Jean Lissar, vingt-six ans, étudiant en médecine, fait rare à l’époque. Si vous allez à Hasparren, en passant dans la rue de la Mairie, levez les yeux : RUE JEAN LISSAR. C’est lui. Maire de 1925 à 1943, député puis sénateur à partir de 1928, Marié en 1908 à Marie Louise Harriague, une veuve qu’il trouvait « fort jolie » (dixit un vieil haspandar), il décède en 1943 sans descendance, achevant ainsi une saga provinciale assez extraordinaire dans l’univers modeste des Lissart.
Les Lissar(t) de Labastide-Clairence
Comme à Hasparren, les registres paroissiaux de Labastide-Clairence sont suffisamment anciens et bien tenus pour pouvoir l’affirmer : les Lissart y sont arrivés seulement au milieu du Dix-Neuvième siècle. Pourtant, quelques décennies plus tôt, le 26 brumaire An Dix de la République, un François Lissart naît à Labastide, fils de Georges et de Jeanne Biscay, métayers à Charlot, puis retournés à Bidache dont ils étaient originaires. François ne sera pas bastidot mais des cousins éloignés le deviendront, venus y travailler…certains pour des clous !
Jean dit Baptiste LISSART et Marie LARRALDE :
Jean est né à Guiche, son père natif de Bardos de parents bidachots s’étant aguiché de Marie Sabalette. Les Lissart s’enhardissent ! Rien ne l’y disposait mais il sera cloutier, cela s’apprend à grands coups de marteau et peut-être ailleurs selon les principes éducatifs de l’époque. Ses deux fils resteront aussi à la pointe de la technologie. Le couple habitera à Joannot, Berhouague, de nouveau Joannot, avant de terminer leur vie chez Jean-Baptiste, à Houga. Mais qui a des nouvelles des quatre filles ? Marie, Jeanne, Gracieuse et Pauline ?
Jean-Baptiste LISSART et Marie-Louise DUCAMP, Guillaume LISSART et Marie PINAQUY :
Les frères cloutiers s’installent durablement dans cette ville. Les voisins les plus fragiles se prennent la tête, les ventes de cachets d’aspirine réjouissent l’apothicaire, Labastide fait sa (petite) Révolution Industrielle. Jean-Baptiste habite à Houga, Guillaume à Bérhouague, maison déjà occupée par les parents. La majorité des enfants se marient sur place. Là s’arrêtent les recherches, discrétion légale oblige. Les descendants pourront les compléter s’ils le souhaitent….ou les mettre au clou !
Mais, pendant que les uns travaillent du marteau, d’autres s’activent à la faucille. On aurait presque oublié que les Lissart sont avant tout paysans.
Noël LISSAR et Gracieuse ÇALDICHOURY :
Vous souvenez-vous de « pauvre Jean » ? Noël est l’un de ses fils, né de son deuxième mariage avec Catherine Suhas, un 24 novembre et non décembre . Erreur de calendrier ? Cadeau anticipé ? En tout cas sa vie n’en est pas un. Déménagements fréquents à Cassia, au Peyré, à Pierris puis à Londaitsborde à Ayherre. Malchance noire : deux fils sont tués lors de la Grande Guerre, Jules au tout début, Jean-François ensuite, parti à La Rochelle, marié en 1911 et décédé des suites de ses blessures en 1916 à l’hôpital de Toul.
Une curieuse coïncidence : un autre Jean-François Lissart, né à Bayonne, marié à Agen en 1911 est également décédé en 1916 à Saint Dié dans les Vosges. Son père se prénommait sans surprise Bernard mais sa mère était une Térésa Valentina WALDESCA SAMBEAT ! Qui épluchera le Bottin Mondain à la recherche de cette princesse hispano-polonaise ? Santa Waldesca est en effet une sainte espagnole, une chapelle (una ermita) lui est dédiée dans les montagnes du Haut Aragon.
Mais revenons à Noël et à sa Gracieuse épouse. Leur seule fille, Jeanne, née à Ayherre, aura elle aussi son Jean-François, un enfant reconnu six ans après par un breton bretonnant, Louis François Pierre Lemonnier, originaire de Saint Père, ceci expliquant cela. Si vous croisez dorénavant un Lemonnier coiffé d’un chapeau rond, saluez-le bien bas, c’est un cousin.
Sans indiscrétion, que sont devenus les autres fils, Bernard, Gracien et autre Bernard ?
Bernard LISSART et Marie ETCHEVERRY :
Assez de plaisanteries ! C’est mon arrière grand-père ! Mémé ne serait pas contente. Comme son frère aîné Jean Baptiste, parti à Labets Biscay, il quitte Bidache pour Saint Palais, domestique chez Vivier au moment du Conseil de Révision (1888). Il est métayer ensuite à Labastide Clairence où il épouse une basquaise originaire d’Hasparren, Marie (évidemment) Etcheverry (évidemment). Les enfants naissent à Vigné dont Jeanne ma grand-mère puis à Moutchil. Enfin, ils s’établissent à Lissalde, une métairie appartenant au monastère Bénédictin de Belloc, située à Urt. Mais leur paroisse d’origine restera Labastide dans le cimetière de laquelle ils reposent, entourés d’autres Lissart, proches ou plus éloignés. (cf Les Lissart du XXème siècle). Leur souvenir se perpétue heureusement par les photographies, rares mais bien conservées dans les boîtes en carton aussi solides que les chaussures qu’elles contenaient. Lissalde, aujourd’hui rasée, vit toujours grâce à une photo et un dessin à la plume réalisés par un frère bénédictin. Un miracle de plus !
Les Lissart de l’Adour et de la Côte Basque
Migrer de Bidache et Bardos vers l’Adour et l’océan, c’est plus facile, ça descend.
Jean LISSART et Marie SABALETTE :
Première descente de Bidache à Guiche, à Toujet, où les enfants naîtront mais la famille se disperse. Jean décèdera à cinquante-quatre ans seulement et sa femme finira ses jours à Bayonne près de leur fille dernière-née. Une Marie aussi, littéralement prise aux boyaux par un tripier bayonnais qu’elle épousera en 1869 . Grassi l’aînée, au contraire fait la navette et remonte à Bardos auprès de Jean Carrère, tisserand de son état. Gracy l’avant-dernière, a (probablement) eu Bernard, fils naturel non reconnu, né en 1848 à Labastide-Clairence d’après les vrais-faux papiers fournis lors de son mariage (pas de naissance à son nom à la date indiquée). C’est enfin, Jean, deuxième-né, qui s’installera durablement à Labastide-Clairence marié à Marie Larralde (1843). En revanche, les Lissart disparaissent de Guiche.
François LISSART et Marie ETCHEVERRY :
L’implantation est beaucoup plus durable et importante à Lahonce et Urcuit grâce à eux. François arrive de Bardos (fils de Bernard et Catherine Garat). Ils seront métayers à Oyharçabal, Artheix, Jauréguy et Danielia. Malgré une mortalité élevée, les enfants se marient dans le coin. Le choix des maris se fait sur place, il y a moins de choix que sur le WEB. Jean Dagie (deux fois), Jean Saint-Pierre et autre Jean Saint-Pierre. Entre remariage et homonymie espérons qu’il n’y eut pas trop de méli-mélodrames ! Leur frère, Etienne(tte) en aura eu largement sa part. C’est la véridique histoire d’un Lissart transexuel administratif, à son insu et contre son plein gré. Qu’on en juge : le 27 juillet 1866 naît à Oyharçabal, Etiennette, enfant de sexe féminin, dûment constaté par l’officier de l’Etat-Civil. Etiennette grandit, porte pantalon, effectue son service militaire (comme cantinière sans doute), projette de se marier, demande son certificat de naissance, apprend qu’il est du sexe opposé, qu’il y a donc opposition de la République Une et Indivisible, que pour le PACS il est beaucoup trop tôt. Reste la Justice. La dite République, bonne fille, lui permet de réclamer ce que personne ne conteste, une identité masculine. Effectivement, par son Jugement du 4 février 1896, le Tribunal Civil de Bayonne la lui rend et, superbe geste de générosité, l’exempte des frais de justice…..constatant « son état d’indigence ». Merci MARIANNE ! Le voilà marié à Laurence Lafargue dont il aura, entre autres, un fils boulanger, Félix, conquis par les agréables rondeurs des miches, et qui perpétuera le nom.
François LISSART et Marie BANQUET :
Parti de Bidache à la recherche d’une meilleure table, François s’invite chez les Banquet, nom répandu à Anglet. Le couple fait de fréquents aller-retours entre Anglet (à Menaut, à Lacroix, à Grand Brun) et Bassussarry. François est dit cantonnier ou journalier lors de la naissance des enfants à Anglet mais déclaré propriétaire de Landabouroua à Bassussarry où ils ne resteront pas. Bizarre ! Trois des enfants ( Marie 1859, Bertrand 1866, Bernard 1879) se marient à Anglet et Biarritz. Les autres s’évanouissent… des registres bien entendu. Qui aurait des nouvelles de Bernard, Jean, Suzanne et Jean-Baptiste ?
Les LISSART bayonnais :
Les LISSART bayonnais portaient ils le bérêt ? Le bérêt sans doute. Etaient ils bayonnais ? Non, ou si peu et si tardivement. Peut-être traumatisés par la malchance de leur ancêtre qui « se noia a baionne » comme l’avait écrit le curé de Bidache. Exceptés ceux de Guiche mais de Guiche à Bayonne il n’y a pas loin et on peut, comme de Nantes à Montaigu, chanter tout le long du chemin. Marie, la tripière par consentement (mariée à l’ariégeois Joseph Ambielle) et Bernard probablement son neveu. Bernard, prétendument né à Labastide-Clairence, marié à Bayonne en 1878 avec Marie Hourqueigt de Puyoo, cuisinière de profession et domiciliée maison des Lauriers (pour les sauces, bien sûr). Une petite Jeanne naît à Biarritz où François est serrurier. Et puis, plus rien.
Le mystère des vrais-faux Lissart d’Amorots-Succos
Il n’est pas rare que l’orthographe d’un nom soit maltraité dans les actes, mais à ce point, c’est de l’acharnement orthographique ! Les vrais-faux Lissart ont été couchés sur les registres par les plumitifs du lieu, successivement comme : Lissart, Lissalt, Lissald, Élissalt, de Lissart, Lissart, Lissalt, Élissagaray ! Pigeons, cochons, tout ça c’est de la volaille ! Fort heureusement, si leur arrivée à Amorots-Succos est obscure (les registres ne datent que de 1759), les générations peuvent être en partie reconstituées par les filiations connues ou probables et les métairies habitées.
La métairie d’ETCHEBERRY :
Valentin Lissart et Marie Hastoy (dite cadette de Gaïspar) à Amorots y seront métayers jusqu’à leur décès vers 1780-90. Leurs enfants y naîtront et un cadet, Jean reste à la ferme comme valet. Valentin a certainement un frère, Valentin, témoin au mariage de son fils Pierre °vers 1760. D’où sortent ils ? Ce prénom est inconnu à Bidache. Prénom noble d’ailleurs : les Valentins sont nombreux chez les seigneurs d’Amorots (La Salle d’Issoste). Empruntés par les manants par déférence sans doute.Une de leur fille, peut-être l’aînée, Gracianne, épouse Erlande d’Adyudé et( ?) Arnaud d’Etcharot en deuxièmes noces. Un des fils continue la lignée des Valentin, marié et remarié en 1793 et 1795 à Amorots (Jeanne Murru et Marie Josèphe Larcadé)…..et se perd dans la campagne. Si vous retrouvez cet amoureux transi, ramenez-le parce que là s’arrête l’histoire des Lissart d’Etcheberry.
La métairie de MIRAMONBERRY :
En 1782 un Martin de Lissart décède à quatre-vingt-dix ans, métayer de Miramonberry, époux de Catherine Casaux dite de Labastide-Clairence. Même question : d’où sort il ? Prénom inconnu chez les Lissart de Bidache. Une des filles, Marie (l’aînée ?), reste métayère dans cette ferme avec Arnaud de Monho de Lantabat, épousé à Méharin sous le nom d’Élisart ! Sa sœur Catherine reste à Amorots mais dans des métairies voisines avec ses deux maris successifs, Antoine Bouzout à la borde d’Issoste et François Lavielle à Lassalle. Catherine est dite de Bidache dans l’acte de baptême de sa dernière fille. Prénom inconnu également chez les Lissart de Bidache.
La métairie d’OSPITAL :
Deux Gratian Lissalt ou Lissald , métayers, décèdent à Ospital à peu d’intervalle. Ils peuvent être père et fils (nés vers 1665 et 1692). Un blanc. Le soleil continue à jouer avec la lune. Et puis, en 1770, une Jeanne d’Élissalt, fille de Jean et Catherine de (illisible), métayers à Ospital, se marie avec un Jean Angulu . Impossible d’établir des liens avec les Lissart d’Étcheberry et de Miramonberry.
Voilà les seules traces laissées. Des Lissart de passage comme les pélerins de Saint Jacques de Compostelle qu’ils ont dû voir passer et sans doute accueillir à Ospital et à Miramonberry. Reste le souvenir d’une coquille vide pendue à un bout de ficelle…