Souvenirs de nos ancêtres par André Audap (2)
LES AUDAP DE PONSUZON
Le plus ancien dont on trouve trace est David Audap marié à l’église catholique d’Osse le 23 novembre 1695 à « Gratié » Lagunpoc fille du fils cadet d’un meunier-(d’où le suffixe « poc »)- Les Lagun (« prés de la lande ») ont été souvent diacres ou « anciens ».
Je n’ai rien retrouvé des parents de David , ni de son métier ; peut-être était il fils de Pierre Audap qui fut Jurat en 1708 ?
C’est un converti qui se marie ou régularise à l’église une situation existante déclarée chez les protestants, ayant peut-être fait l’objet d’un acte de notaire dit « Tournadot » pour en préciser les conditions matérielles.
L’acte est bref ; on est par ailleurs surpris du nombre élevé d’actes de ce type qui se suivent en quelques jours sur le registre : Pierre Dapieu et Marie Dacomeig le 8 du même mois ; Pierre de Boucher et Marthe Denguy le 8 novembre aussi ; Joseph de Laplacette et Marguerite de Miherre le 9 ; Pierre de Lauseig et Isabé de Lavaux le 10 ! Tout laisse penser qu’il s’agit du résultat d’une campagne de conversion.
[ Rappelons que la particule « de » n’a aucun caractère nobiliaire ! Elle a le sens de « de la maison de…. » ]
David et Gratié eurent 9 enfants tous nés à Osse en Aspe de 1696 à 1716 dont deux morts jeunes. Les filles Marie et Marguerite se marièrent à 23 ans avec Couste et Supervielle issus de familles reformées.
Deux fils vont créer des lignées importantes : Pierre Audap né en 1696 le fils aîné – donc l’héritier - marié le 27 avril 1731 à Sarrance à Françoise Minvielle d’Atournou qui décédera jeune après lui avoir donné un fils Bernard né à Osse le 13 Juin 1730.
Pierre se remariera avec Madeleine Araban d’Ichère-Lourdios dont il aura 2 filles et 1 fils pasteur de brebis qui n’aura pas de descendance masculine.
En réalité ce mariage officiel à l’église en 1731 était fait sous la contrainte : Pierre et Françoise vivaient ensemble et avaient eu un fils, Bernard Audap, le 13 Juin 1730, 2 ans plus tôt baptisé obligatoirement et déclaré sur le registre né de « concubinaires »
Pierre était collecteur de la communauté réformée.
Acte de naissance de Pierre et sa signature relevée chez le notaire.
Acte de naissance de Bernard Audap fils de Pierre et Françoise.
Bernard s’unira en 1759 ,par un mariage qui ne sera régularisé que bien plus tard à Suzanne Latoune d’Atournou , fille de Pierre notaire « Garde-notes » de la vallée pendant plus de trente ans , dont 2 fils émigreront en Angleterre pour échapper aux brimades . On peut penser que Bernard jouissait d’une certaine aisance pour conclure cette alliance.
[on se rapportera régulièrement aux arbres généalogiques joints ]
Le deuxième fils de David important pour la suite de la lignée est Joseph Audap né le 24 Janvier 1701 à Osse et décédé à Sarrance à l’age de 80 ans . En 1721 il a épousé Marguerite Couste –Coudures et il est probable que ce couple habitait la maison Audap de Ponsuzon (paroisse de Sarrance à l’époque ) Située à 432mètres d’altitude sur une butte au pied de la montagne la construction actuelle date de 1773 ainsi que l’atteste une sculpture incluse ; il peut s’agir aussi d’une rénovation.
La maison photographiée en 1998
Les occupants sont étrangers à la famille.
En médaillon la sculpture située au dessus de la porte
Quelques mots s’imposent sur la maison en vallée d’Aspe . La maison et non la famille comme nous l’entendons aujourd’hui formait, on l’a vu , une sorte d’entité primitive du village . Elle abritait souvent plusieurs ménages, plusieurs générations ; elle gardait tous ceux qui naissaient sous son toit mais il n’y avait qu’un héritier : l’aîné.
Les murs sont blanchis à la chaux , les ouvertures encadrées d’ardoises . Au premier étage une grande pièce avec cheminée constitue le foyer domestique avec une alcove fermée par des rideaux , réservée à la chambre du maître de maison . Tout autour les autres chambres ; une sera réservée aux jeunes mariés et meublée de neuf chaque fois : grande armoire , 6 chaises , table , glace , lit .Telle est aussi la maison Audap dans le bourg d’Osse aujourd’hui habitée par des Eygun- Audap.
C’est le fils de Joseph , Pierre Audap , né en 1731 et décédé en 1775 qui sera à l’origine d’une immense postérité qui va aller jusqu’en Amérique . Il se marie à Bedous en 1758 (Ponsuzon est alors dépendant de Bedous) avec Madeleine Tapie originaire d’Ichère . On a pu remarquer que tous les noms évoqués depuis 1695 sont ceux de maisons voisines dans ce vallon qui débouche à Ponsuzon : Couste-Coudure , Audap, Tapie, Eygun ; et il y aura Loustau ..On s’unit au sein de la Communauté.
Durant les17 ans de vie de couple Pierre aura 10 enfants dont 2 seront à l’origine de cette nombreuse descendance : Joseph Audap-Loustau et Michel Audap.
Avant de les suivre dans leurs pérégrinations qui seront notables il faut reparler de la situation dans la vallée : Le mouvement réformé repartait ; des Prédicants parcouraient la région et en 1757 l’église réformée d’Osse est réorganisée ; des rencontres discrètes ont lieu à la grange Lagunpoc sur le plateau d’Ichère . Un registre des mariages et baptèmes protestants est ouvert . Pierre Audap siège au consistoire de 1758 plus ou moins clandestin et on tombe dans une situation extralégale. Les esprits évoluaient grâce à Voltaire , à l’affaire Calas ..et la tolérance se généralise.
En1787 Louis XVI proclame l’Edit de Versailles (enregistré au Parlement de Béarn en 1788 cet appliqué à Osse en décembre de cette année ) Il rétablit l’Etat-Civil des protestants et régularise tout le passé . La Révolution apaisera les problèmes religieux et la communauté protestante d’Osse reconstruira son temple.
A partir de 1760 les Audap d’Osse et Sarrance vont oser afficher leur religion.
Je n’ai pas rencontré pendant la période révolutionnaire des événements exceptionnels différents de ceux qu’ont connus les régions rurales voisines ; il semble même que le règlement définitif des problèmes religieux ait occulté les autres soubressauts au moins à Osse. . Il y eut bien sûr la Terreur et ses excès dont patirent…. les prêtres catholiques !
Nous allons abandonner pour longtemps Bernard Audap petit-fils de David , notre aïeul direct pour suivre Joseph Audap-Loustau , né en 1762 marié à Graciète Mondine de Bedous son cousin au deuxième degré et arrière petit-fils de David. Acte de Mariage le 28/11/1787.
Joseph Audap est berger et cultivateur ; il aura 7 enfants de 1788 à 1807 qui habitent avec lui vraisemblablement à Ponsuzon
On est entré dans une période calme mais près d’un siècle de pérsécutions ont laissé des traces profondes et la misère est grande . De ces enfants nous retiendrons Antoine Audap né en 1802 marié en 1841 à Marie Barrèras : de son petit fils Gaston (né en 1880 à Bazas ) viendront les Audap de la région bordelaise ; ce sont Paul né en 1915 et Pierre né en 1920 , tous les deux à Caudèran et leur sœur Marthe . Des contacts épisodiques ont cessé par manque d’interet de ces lointains cousin , à mon grand regret.
Plus intéressant pour l’avenir est Pierre Audap-Loustau , frère d’Antoine , né le 5 Pluviose An II (24/1/1794) cultivateur à Ponsuzon marié à Marthe Castéra le 25 Juin 1828 : Ils eurent d’abord 5 filles et Joseph Audap-Loustau naquit le 18 août 1850
C’est ce Joseph Audap qui est à l’origine des AUDAP des ETATS-UNIS
Il est laboureur quand il se marie le 30 novembre 1878 à Osse avec Anne Arreteig-Arudy, agée de 18 ans originaire de Lées-Athas le bourg voisin où ses parents sont cultivateurs . Ils vont avoir 7 enfants qui naîtront tous à Ponsuzon : Jean-Pierre en 1880 (décédé à 1mois) Marie en 1881, Pierre en 1883, Michel en 1884, Jean en 1885, Anne en 1886, Clément en 1890 (décédé à 11mois) et Marie- Louise en 1896 . Tous partiront aux Etats unis au début du siècle tant il était difficile de vivre dans la vallée !
Ce mariage fait l’objet d’un contrat chez Maître Loustalot à Bedous le 9 /10/1878 . La mariée recoit 1600francs de dot et un trousseau évalué à 500Francs comprenant lit complet , armoire dont le devant et les côtés sont en noyer , table avec tiroir sur le bas aussi en noyer , linges et hardes…Le père et la mère se réservent le droi tde retour de la dite constitution faite à leur fille au cas où elle décéderait et la postérité décéderait avant eux constituteurs . Pour ce paiement de 1600francs de son côté Pierre Audap père de Joseph hypothèque le bien
immeuble qu’il posséde à Osse et à Sarrance
Signatures sur l’acte de mariage qui prévoit aussi un mariage civil . La mariée ne sait pas signer, cas très fréquent chez les filles à cette époque .
Marie Louise qui a vécu très longtemps a épousé aux USA un autre émigré Gabriel Rangunot originaire du sud de la France . Pour son 100ème anniversaire elle a eu les honneurs du Buffalo-Bulletin journal local du Wyoming qui raconte sa vie : Nous apprenons ainsi qu’elle est arrivée en Amérique en Avril 1907 sur le navire « Bretagne » avec des cousins pour rejoindre sa sœur Marie mariée à Harry Hunter dans un ranch à Gilette au Wyoming
Nous apprenons aussi que la famille s’est beaucoup développée puisque Marie-Louise a 12 petits-enfants et 19 arrière petits-enfants.
Une fille de Pierre, Anna a épousé un éleveur de bétail à Weston dans le Wyoming aussi. .
On la voit ci-aprés entourée de sa nombreuse famille.
Sa sœur Marie a choisi de revenir en France et de s’installer à Mourenx avec son mari nommé Dartigues . Elle est décédée en 2000 à Lisbonne au cours d’un voyage chez ses cousins des USA
Sa fille Jeanine Paroix posséde la maison Couste-Coudures à Ponsuzon et je l’y ai rencontrée .Il faut parler aussi de Suzanne Margaret Page qui se fait appeler Audage (contraction de Audap et de Page ) . Nous avons noué des relations épistolaires annuelles . Elle rentre de Malaisie où elle dirigeait avec son mari une école privée ; ils exercent maintenant leur activité d’enseignants en Californie à San-Diego.
Une de leur fille est très connue dans le milieu du football en qualité de joueuse ; il s’agit du football type européen appelé la-bas « socer »
la famille est très réjouie sur cette photographie de Noêl 2000 !
C’est vraisemblablement Pierre Audap et son épouse Marie Paillassous qui sont partis les premiers au Nouveau Monde ; ils revinrent en France en 1917 avec leur fille Anna et se firent photographier à Pau .
Michel Audap s’installa en Californie comme simple berger . Il y épousa Basilisa Goni d’origine espagnole ; leur fille Joséphine, décédée en 1999 était installée à MESA en Arizona .Elle convola trois fois ! son petit-fils Michel Frost est entrepreneur à Phoenix ; il a une fille Nicole qui m’a téléphoné en manifestant son intention de venir étudier en France à l’Université de Jussieu. Plus de nouvelles …..
Michaël le frère de Joséphine fermier en céréales et coton à Backersfield , marié à Joséphine FANUCCI enseignante à Delano eut 11 enfants (dont Margaret mariée à Dick PAGE dont j’ai déjà parlé) la plupart toujours en Californie en qualité d’entrepreneurs ou enseignants ; une minorité à Juneau en Alaska ,entrepreneur et guide de pêche.
Parmi les petits enfants quelques rares garçons portent encore le nom .
Les deux autres sœurs de Michel ont épousés des américains :Anne s’est mariée à Hugh CALLAGHER et j’ai retrouvé 30 arrière-petits-enfants ! Marie mariée à Harry Hunter est décédée à Spokane Etat de Washington sans postérité.
Nous allons revenir de nouveau sur nos pas : nous voilà le 24 septembre 1771 à Sarrance-vraisemblablement à Ponsuzon- chez Pierre AUDAP et Madeleine TAPIE quand naît Michel Audap , frère de Joseph « Loustau » . Cultivateur, chevrier, il a sans doute l’occasion d’accompagner les troupeaux l’hiver dans les pâtures reservées près de Bidache ; il y fait des connaissances puisqu’il épouse d’abord Burgo Catherine originairede Came qui malheureu- --sement décéde peu de temps après lui avoir donné une petite fille ; mais très vite il se remarie avec Marie LAXAGUE originaire d’Urcuit et s’installe à Came . Neuf enfants naîtont au foyer en 15 ans Nous allons suivre plus particulièrement trois d’entre eux :
--- Pierre, né en 1816, mourra à 26 ans à Milianah dans les rangs de l’Armée partie à la conquête de l’Algérie d’une « fièvre »maligne.
Sur cette carte apparaissent les implantations des AUDAP dans le département des
Pyrénées Atlantiques :
----La vallée d’Aspe avec Borce , Osse et
Sarrance
----La basse vallée du Gave d’Oloron autour de Bidache . On trouvera les noms des lieux suivants : Caresse , Came , Escos , Bidache et Labastide-Villefranche.
On a situé aussi Mourenx où vécut dans la période récente Marie AUDAP épouse Dartigues , petite-fille de Joseph »Loustau Audap , la seule qui ne resta pas aux Etats-Unis.
Jean-Noêl Audap (il est né en 1824 le jour de Noël !) cultivateur à Came eut de son épouse Marie-Louise Bedat sept enfants de 1857 à 1868 ,ce qui laisse supposer qu’elle ne les nourissait pas
. L’un d’eux Pierre né en 1862 , cultivateur à la maison « Saubal » eut lui-même de sa femme Marie Lagourgue onze enfants ! [On peut remarquer au passage que ces Aspois d’origine avaient gardé l’habitude de donner un nom à la maison , nom que nous retrouvons cité sur la plupart des actes ] Le plus souvent tous ces AUDAP eurent surtout des filles et le nom se perdit .
Une exception pour Marce Audap -( 1900-1970)- marié à Marie-Louise Saphores
Il eut 2 fils André et Jean et une fille Pierrette qui sont de ma génération . Avec mon épouse j’ai eu en 1999 le plaisir de les rencontrer à Escos où Jean exploite une propriété agricole importante spécialisée surtout dans l’élevage de « la blonde d’Aquitaine » Nous avons été frappés par la personnalité de sa femme Marie née Narbaits-Jaurreguy qui devait hélas décéder en 2000 après une cruelle maladie.
André Audap, son frère, mon homonyme de nom et de prénom –(Source de plaisanteries faciles : Allo André Audap , ici André Audap…) militaire en retraite, vétéran d’Indochine grièvement blessé en Algérie habite la région parisienne mais a une résidence secondaire à Escos. Son épouse Mauricette était conseillère municipale à Boissy le Chatel .
Dans chacune de ces deux familles au moins un garçon porte encore le nom
Sur la photographie de la page suivante prise vers 1935 àn trouvera une partie de la famille de Pierre Audap né en 1862.:
Deuxième rang de gauche à droite : jean Saphores beau-père de Marcel ---Lucie Saphores
épouse de Marcel --- Pierre Audap ---Marie Saphores mère de Lucie
Marcel Audap fils de Pierre ---Elisabeth Audap fille de Pierre
Faustin Audap dit Joseph fils de Pierre---Marie Audap fille de Pierre
Premier rang : un cousin ---André Audap fils de Marcel ---Jeanne Lagourgue
épouse de Pierre Audap ---Jean Audap fils de Marcel et Pierrette sa sœur..
Un frère de Pierre, Jean-Baptiste Audap né en 1864 fit souche lui aussi dans la région, uni à Marie-Thérése Goueytes . Certains de ses descendants revinrent en Béarn , à Pau .
Il faut enfin revenir à nouveau à Michel AUDAP , celui qui est à l’origine de cette implantation dans la plaine et s’interesser à un autre de ses enfants , François Audap né en 1828 à Came
De son mariage avec Suzanne Dachary originaire de Bidache naquirent deux filles et un garçon Jean Audap qui vit le jour à Came en 1868 . Avec son épouse Marie Carracabe Jean est à l’origine d’une nombreuse lignée implantée surtout dans le sud-ouest autour de Bidache et de Morcenx. : Leur fils Jean-Baptiste a eu lui-même deux fils Georges et Paul .
Un autre fils Jean marié à Elisa Bareille eut Joseph et René domiciliés à Morcenx . J’ai eu le plaisir de nouer des relations avec Jean-Claude Audap fils de Joseph lui-même agent de l’Electricite de France à la production nucléaire à Montélimar ; et-nouvelle coîncidence - ce cousin très lointain mais très sympathique est aussi passionné de généalogie !
Enfin on rencontre à Anglet des descendants de Joseph , un autre fils de Jean . L’un d’eux fut assez connu à une époque au club de rugby du Biarritz Olympique !
-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-
Nous avons ainsi rapidement survolé une forte « colonie » d’AUDAP aux confins des Pyrénées Atlantiques et des Landes. Le lecteur aura intêret à se rapporter aux arbres patronymiques pour se retrouver dans ces familles nombreuses d’autant qu’une tradition s’est conservée longtemps : la transmission des prénoms de grand-père ou père aux fils.
Les aspects religieux ont totalement disparu ; les couples se marient généralement à l’église catholique et plus rien n’évoque les drames passés ; la Révolution et l’éloignement de la vallée ajoutés aux unions systématiques avec des filles du pays ont tout effacé des luttes et rancoeurs anciennes et d’ailleurs dans toute cette lignée il n’y a qu’un seul Aspois
Michel Audap très vite converti sans doute aux mœurs et mentalités locales
Il reste encore quelques porteurs du nom mais leur nombre diminue dangereusement comme le veut la tendance générale ; les familles ont rarement plus de deux enfants ; il y a une majorité légére de filles . En outre la réforme en 2001 de la transmission des noms de famille qui fait une place notable au nom de l’épouse va faire perdre toute valeur particulière au patronyme !
On peut y voir une nouvelle atteinte à la famille classique de la tradition judéo-chrétienne ; en tout cas ce sera une source de difficultés majeures pour le généalogiste amateur .